BOBBY

En 22 ans d’antenne au quotidien sur radio Freedom véritable phénomène médiatique qui capte 35% d’audience sur les ondes - l’animateur Bobby incarne un peu la voix de la Réunion. Ou plutôt son oreille attentive. Rencontre.

La voix qui écoute.

« 99 12 00, Freedom bonjour ! » Et c’est parti. Ce numéro, cette petite phrase, il les répète des dizaines de fois par jour depuis 1993. Bobby est arrivé bénévole dans cette "radio privée au service du public", comme il aime à la dé nir. Freedom, créée en 1981 par Camille Sudre, c’est plus qu’une radio libre. C’est le battement de cœur, le baromètre de la Réunion. Dédiée à
la libre antenne, Freedom passe deux chansons par jour, le reste c’est la parole de l’auditeur. Une île entière y raconte sans distinction ce qu’elle voit en direct, du pire au meilleur. Commente l’actualité, distille ses déboires, ses peurs, y glisse ses coups de gueule et s’entraide. Les quatre animateurs qui assurent l’antenne chaque jour tempèrent, conseillent,
mais surtout écoutent. Bobby, le plus chevronné, est l’ami virtuel de plus de 800 000 réunionnais, il a sa marionnette aux Guignols de l’info locaux. Oui, les gens l’aiment, et il le leur rend bien. "Le secret de Freedom, " poursuit-il, "c’est que ce sont les auditeurs qui font la radio, pas l’animateur. Souvent sur une intervention à l’antenne, je vais parler 30 secondes, la personne au bout du fil peut, elle, s’exprimer plusieurs minutes sans discontinuer". On est loin du star- système de certaines radios nationales. Sur Freedom, les animateurs assurent aussi souvent eux-mêmes le standard,
le rédactionnel et la technique. Ce n’est pas un problème. "Je n’ai jamais arrêté et je n’ai pas envie. J’ai évolué avec la radio, ce contact avec les auditeurs me manquerait, et me manquera assurément le jour où..." sourit Bobby.

Ecouter, mais rester vigilant
Mais on n’en est pas là. Pour l’instant, il assure la case 15h/19h en direct du lundi au samedi, deux semaines sur trois. Une moyenne de 39 heures hebdomadaires à l’écoute de la population. On ne va pas se voiler la face, gérer quatre heures de libre antenne quasiment sans filtre, ce n’est pas toujours la panacée. Il faut recadrer parfois, s’armer de patience souvent. Conserver une neutralité, même si "bien sûr, on laisse parfois passer nos émotions" souligne Bobby.

Il est d’ailleurs un homme de convictions. On peut laisser parler tout un chacun librement et avoir ses opinions. "Il y a des limites à imposer. On n’édicte pas de ligne éditoriale à proprement parler, mais par exemple sur le cas du petit Elio (ndlr : adolescent de 13 ans décédé suite à une attaque de requin en avril 2015), on ne peut accepter qu’un auditeur dise qu’il l’a bien cherché. Ce jour-là, j’ai coupé court. Entre la vie d’un requin et celle d’un enfant, ma position est sans équivoque" lâche Bobby.
Difficile, oui, de gérer le traitement de l’info sur une antenne 100% libre. Que peut-on, doit-on laisser dire au nom de la liberté d’expression ? Bobby y tient à tout prix, "on est de moins en moins libre finalement, il faut y faire attention, à cette liberté". Quitte à faire tousser parfois les autorités compétentes...Mais ce que Bobby retient de son métier, surtout, "c’est la solidarité incroyable des réunionnais dont Freedom n’est que le relais". Objets trouvés, animaux enfuis, petits et grands drames domestiques, via les ondes on résout beaucoup de choses du nord au sud de l’île.
"99 12 00, Freedom bonjour !"

A 45 ans, Bobby vous écoute. Pour encore longtemps.